Domination

En langage cheval, domination (ou dominance) possède une signification beaucoup plus restreinte qu'en langage humain. Cela implique simplement une notion de priorité. Priorité à la nourriture, à l'eau, aux endroits ombragés ou protégés de la pluie ... La signification pour nous humain est plus large. Elle implique un contrôle de l'autre, par exemple de ses mouvements, de ses idées, de sa vie. Ce qui n'est pas le cas chez les chevaux.

Se poser en dominant par rapport à notre cheval pose donc plusieurs problèmes. Le problème principal est ce que nous considérons comme de la domination dans notre langage usuel. Nous ne pouvons pas nous défaire de la connotation de ce mot dans notre langage. Nous risquons de nous laisser influencer, plus au moins consciemment, et d'adopter une attitude permanente de domination par rapport à notre cheval. Nous risquons de tomber dans un contrôle rigide. Cette attitude rigide provient de notre tension intérieure lorsque nous désirons imposer notre volonté à l'autre.

Je ne dis pas qu'il faut toujours éviter cette attitude intérieure. Mais y rester en permanence en présence de notre cheval est préjudiciable à la relation avec lui.

Un autre problème est que la domination, aussi bien entre chevaux qu'entre humain, implique toujours un certain niveau de crainte. Or, inspirer de la crainte à notre cheval est aussi préjudiciable à notre relation avec lui.

Enfin, la tension interne liée à l'attitude de domination nous empêche de disposer de toute la mobilité de notre corps, mobilité qui est bien entendu très importante à cheval.

Chez certaines personnes, la tension interne liée à la domination peut aussi favoriser l'apparition de la colère. Elle survient souvent quand l'autre résiste à notre volonté de domination.

Ceci étant dit, il reste intéressant d'apprendre à utiliser notre capacité à imposer notre volonté à l'autre de manière dominante. Je pense aux chevaux particulièrement irrespectueux qui bousculent et marchent sur les pieds comme si nous n'existions pas. Avec ces chevaux, il peut être utile de savoir utiliser notre dominance, histoire de les remettre à leur place. Mais je parle ici d'une attitude temporaire à leur égard.

Et encore faut-il rester prudent ! J'ai vu un cheval très respectueux bousculer son meneur. Les demandes de ce dernier étaient tellement rigides et dures que le cheval ne comprenait pas du tout où cette personne voulait en venir. Mon impression fût que, devant le manque total de respect de la part du meneur pour le cheval, celui-ci n'eut pas d'autre solution que de devenir irrespectueux lui-même.

Leadership

Effectivement, le leadership est une notion que l'on observe aussi chez les chevaux. L'éthologie définit le cheval leader comme suit : 1) Une gestualité claire qui lui permet d'être facilement compris par les autres. 2) Une perception par les autres que « ce cheval a souvent de bonnes idées ». Il sait où trouver nourriture, eau, ombre, fraîcheur, protection du vent ... 3) Le cheval leader ne choisit pas ce rôle. Il n'a d'ailleurs pas conscience de l'être. Ce point est important car il nous rappelle que le cheval vit dans un système social en réseau, où chacun est relié à tous les autres. Cette organisation est différente de celle du chien ou du loup, qui s'organisent en meute, avec un chef qui régit les mouvements du groupe. Dans la meute, chaque individu est en connexion avec le chef.

Nous pouvons donc nous inspirer du rôle de leader pour établir la relation avec notre cheval, mais ce ne sera encore une fois qu'une réponse partielle, un des éléments dont nous avons besoin. En effet, prendre la place de leader peut être suffisant pour mener le cheval d'un point à un autre, mais pas pour lui faire des demandes complexes, que ce soit à pied ou à cheval.

Notez que je ne vais pas développer ici l'ensemble des compétences dont nous avons besoin pour des demandes complexes.

Respect

Obtenir le respect d'un cheval est avant tout une question ... d'attitude intérieure. Je veux parler ici du respect dans son sens restreint : ne me marche pas sur les pieds, ne me bouscule pas, tient compte de moi dans ton environnement. Je ne veux pas parler du respect d'une demande complexe, par exemple, qui implique d'autres éléments que simplement le fait que le cheval ait une certaine considération pour nous.

A mon sens, le premier ingrédient pour obtenir le respect de notre cheval est tout simplement de le respecter lui. De respecter ce qu'il est (un cheval, pas un humain ou une machine) et pour ce qu'il éprouve. J'ai été frappé un jour de voir un jeune cheval pourtant très respectueux bousculer son meneur. L'émotion était à ce moment très intense chez les deux protagoniste. Le meneur, utilisant une pression énorme, tentait de faire monter ce jeune cheval dans un van, avec un total mépris pour la crainte que manifestait le cheval. Je me suis demandé pourquoi ce cheval, par aileurs si respectueux, avait bousculé le meneur. Mais finalement, était-il logique (même en logique de cheval!) qu'il ait du respect pour quelqu'un qui n'en manifestait aucun pour lui ?

L'autre ingrédient indispensable est de prendre notre place, ce qui est souvent plus facile à dire qu'à faire. Mais j'ai souvent remarqué que les gens qui ne mettaient pas clairement leur limite d'une manière générale dans leur vie se faisaient souvent marcher sur les pieds, en tout cas par les chevaux à priori irrespectueux.

Car les chevaux peuvent être irrespectueux, même si vous prenez clairement votre place. Soit parce que ce cheval n'a pas appris à respecter les autres (c'est souvent le cas des chevaux qui n'ont pas été élevés en présence d'autres chevaux adultes), soit parce qu'il essaye de vous intimider. A ce propos, il n'est pas vrai que tous les chevaux "testent". Dans ce cas, nous ne devons pas hésiter à montrer l'émotion qui nous vient lorsqu'on nous manque de respect, ou lorsque notre intégrité physique ou morale est menacée, la colère!

Bien sûr, nous ne devons pas laisser libre cours à notre rage. Mais nous autoriser à nous connecter à cette source d'énergie pour dire au cheval un "NON" suffisament convaincant. Avec des chevaux très irrespectueux, il peut être bon de se munir d'une cravache ou d'une badine, histoire de donner plus d'amplitude à vos geste. Vous pouvez vous en servir pour frapper le sol entre vous et le cheval.