Une petite balade éclairée d'un peu d'éthologie

Ce jour là, je décide de partir en balade avec Veleiro pour affiner certaines notions abordées lors d'une formation en éthologie. Je veux parler de l'isopraxie, de l'isoesthésie et du rapport de continuité ...

Comme d'habitude, Veleiro est un peu nerveux de quitter la maison. Je m'installe le plus symétriquement possible sur son dos (j'ai clairement la sensation d'être moi-même asymétrique ... mais je reviendrai là-dessus dans un autre article). Je place mes jambes et mes ischions, mes épaules, mes mains et les rênes de part et d'autre de Veleiro, pour créer deux repères sensoriels, latéraux et rectilignes. En terme d'éthologie, j'installe un rapport de continuité : une topologie que le cheval perçoit comme un espace fermé et qu'il aura naturellement tendance à suivre.

Rapport de continuité

Ca fonctionne ! Veleiro marche droit. Environ trente secondes. Des petits graviers sur la route et il choisi, brusquement, de franchir allègrement le repère gauche pour aller marcher sur le bas côté. Je le laisse faire et tente de ré-installer mes repères latéraux. Un peu trop fort peut être, et nous voilà au trot !

Mon repère gauche est renforcé par une clôture en barbelé ! Soudain, la clôture est abimée et les fils traînent par terre. Que nous dit l'éthologie : lorsqu'un repère continu est soudain interrompu, le cheval va naturellement s'engager dans le trou. Aie, pas bonne idée du tout ! J'anticipe, je sens que je me raidis, je ferme à gauche. Imperceptiblement, je sens Veleiro dévier vers le trou. Mais avec la vitesse et ma fermeture à gauche, ça passe sans problème.

Un peu plus loin, nous sommes dans les champs. Veleiro réalise tout à coup que nous nous éloignons de la maison. Hop, il fait un brusque « tout à gauche » pour faire demi-tour. Je le laisse faire. Pas le moment de me battre avec lui. Nous sommes dans la boue. Et oui, il a beaucoup plu ces derniers jours. Petite flexion à gauche, fermeture à droite. Veleiro reprend la bonne direction. Mais en arrivant sur la route, ses sabots pleins de boue, il dérape. Je ne suis pas assez rapide pour me rétablir et je suis déséquilibré vers l'intérieur. Et Veleiro s'étale sur la béton ! Je le sens se dérober sous moi. J'ai le réflexe de retirer mes pieds des étriers, et de me dégager de son dos, tout en gardant un rêne en main, sans tirer dessus. Je suis surpris de ma rapidité de réaction. Je sens une émotion m'envahir mais très vite je retrouve mon calme. Veleiro et moi nous nous relevons en même temps. Je me sens assez calme à l'intérieur. Je reste près de lui en lui disant que ce n'est pas grave. Il a l'air tout surpris de ce qui est arrivé. Il se demande ce qu'il doit faire mais comme je reste calme et que je le caresse, il retrouve lui aussi son calme. Je remonte et nous sommes repartis. Plus loin, dans la montée, il prend le trot puis le galop. Je laisse faire tout en lui demander de « rester avec moi », autant que possible.

Isopraxie (être dans le même mouvement)

Nous arrivons dans le petit bois. Il veut trotter. Je voudrais qu'il reste au pas, pour éviter les « montées énergétiques auto-entretenues ». J'augmente ma présence. Je laisse descendre mon bassin et mon dos dans la selle. Je l'enveloppe très légèrement avec les jambes. Je laisse mon bassin, mon dos et mes épaules bouger avec lui. Je me remémore la séquence du pas, allure à quatre temps. Le postérieur, en se posant au sol, chasse l'antérieur correspondant. Postérieur droit, antérieur droit, postérieur gauche antérieur gauche. Un, deux, trois, quatre ... Le rythme devient plus régulier. Je slalome entre les arbres pour l'assouplir et augmenter encore son attention. Mes ischions se déplacent avec ses postérieurs. Mon bassin fait des huit dans la selle. Mes épaules esquissent le mouvement des antérieurs. Comme des petites rotations. Mes mains s'ouvrent et se ferment imperceptiblement.

Au bout d'un moment, je sens que Veleiro marche plus franchement et plus librement. Il est beaucoup plus détendu et à l'écoute. Quelques petits départs au trot. Retour au pas. Arrêt. Pas, trot. Hop ... une foulé de galop. Je ne l'avais pas demandée. Du moins pas consciemment !

Bien ... tu as bien travaillé. Je l'arrête face à un petit carré d'herbe. Je relâche les rênes. Il fait mine de faire demi tour, pour rentrer. Mais non, regarde sous les feuilles. Il y a de l'herbe. Oui, tu peux ! Il se met à brouter ...

Isoesthésie (être dans la même humeur)

Je ne pense plus à rien. Je laisse mon regard s'élargir. Je prends conscience de l'espace autour de nous. Les arbres du petit bois et les champs au-delà. Je sens et j'entends le souffle du vent. Je réalise que, contrairement à Veleiro, je ne vois pas derrière moi. Derrière nous. Petit à petit, je m'identifie à lui. Je suis un cheval en train de brouter. Mais je suis aussi une proie au milieu du petit bois. Je suis parcouru par un petit frisson de peur. Je laisse venir la sensation. La peur reste présente, mais son intensité diminue. Mes sens sont en « éveil diffus ». Ils ne sont focalisés sur rien de précis, mais à l'écoute de tout notre environnement. Toujours cette conscience de ne pas voir dans mon dos. J'oscille entre sensation et réflexion (je n'arrive que rarement et pendant de court moments à m'arrêter complètement de penser). Je commence à comprendre pourquoi un cheval, surtout en extérieur, est sur le qui-vive et réagit promptement à n'importe quel modification de l'environnement, à n'importe quel objet inconnu ou surprenant.

Nous rentrons. Petit galop, grand trot. Je vis des petits moments d'harmonie entrecoupés de chaos. Dans le chaos, j'essaye de laisser mon corps retrouver l'harmonie avec le mouvement, l'énergie et le rythme de Veleiro. Pendant un moment, Veleiro me sort son grand trot allongé. J'arive à rester avec lui et à lui demander de rester avec moi, sans plus accélérer l'allure. Quand il trotte comme ça, il est obligé de passer au galop pour aller plus vite. Je regarde ses antérieurs dépasser devant ses épaules. J'ai l'impression, un court instant, de voler !

Juste avant la maison, je le laisserai encore brouter dix minutes. Pas plus. J'ai un rendez-vous ...